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Ciné-débat

La mer en feu

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 LA MER EN  FEU, c'est ce que veut dire FUOCOAMMARE, le titre du film de Gianfranco ROSI, projeté ce mercredi 7 février, au Cinéma les Halles. Cette expression, explique le réalisateur, "faisait référence à un navire bombardé au large de Lampedusa par les forces aériennes britanniques, qui s'était embrasé au point d'illuminer toute l'île en pleine nuit".

Un beau film de cinéma, parfois presque esthétisant ... Mais comment peut-on s'en arrêter là ? Non, ROSI  file la métaphore, évoquant symboliquement combien le monde est partagé, face aux vagues successives de migrations.
Tandis que les habitants sont plus ou moins indifférents ou simplement compatissants devant ces tragédies quotidiennes, Lampedusa est encore illuminée à chaque bateau de migrants que les autorités portuaires et policières sont chargées d'accueillir. Avec leur cortège de misères, de douleurs, de blessures et de morts.

Pascal SIMON, René VALORGE - Paul GIRAUD, animateur du débat
Des vies de jeunes, d'enfants, d'adultes venues de tous les coins de l'Afrique ou du Proche-Orient, échouent sur les plages de l'île italienne. Des vies laissées derrières eux, parce que là-bas c'est NO FUTURE. Et l'espoir donne du courage pour partir et réaliser des rêves impossibles.

A partir de là, on sait combien sont difficiles à mener des politiques appropriées : l'Europe ne réussit pas à s'entendre, chaque État déploie ses propres stratégies. Les valeurs se trouvent souvent bafouées.
Et puis,localement, il faut trouver des solutions quand débarquent aussi des cars de migrants à héberger, nourrir, apprendre une nouvelle langue, faciliter les tractations administratives. Et cela sans trop inquiéter les populations qui ont spontanément tendance à rejeter l'étranger. Moins peut-être parce qu'il est étrange que parce qu'il est inconnu.

Alors l'administration travaille d'un côté, les bénévoles de l'autre. Trouver des solutions, apporter des soutiens. Tout cela est-il toujours à la hauteur des espoirs ou des nécessités ? Les uns et les autres s'investissent, mais les perspectives ne sont pas les mêmes.

100 personnes étaient présentes lors de la soirée
La projection a bien  fait ressortir cette gravité des choses. Des spectateurs ont du mal à contenir leur émotion. Certains n'auront pas l'audace de parler.

René VALORGE, président de la Communauté Charlieu-Belmont, salue la qualité et la puissance du film qui  laisse transparaître en filigrane les itinéraires et les accidents de parcours que le film Home projeté l'an dernier exposait explicitement.  Répondant aux interrogation, il explique que le débat n'aurait pu s'organiser dans l'effervescence de l'automne. Il s'efforce avec tranquillité d'éclairer ses décisions, face à des contraintes préfectorales qu'il n'a pas choisies, pour des jeunes qui n'ont pas choisi la France. Pascal SIMON, responsable du Centre des migrants de Saint-Denis de Cabanne expose les démarches entreprises, les solutions proposées aux 22 mineurs qui restent désormais. "A tous, il a été (ou sera) proposé une solution".

Sans doute quelques présents ne partagent pas pleinement ces avis. La "gestion" de situations, comme celle des personnes déracinées, a probablement créé quelques tensions, mais n'est-ce pas compréhensible ? pouvait-il en être autrement ?  Car ces migrants, pour leur grande majorité ne cherchent pas à s'installer ici : l'Angleterre -pour la plupart- est leur ligne de fuite.

Gardons-nous, disait une intervenante, de lire le monde et leur devenir à la lumière de notre point de vue. Leur histoire, leur trajectoire sont tout autres. A eux de les bâtir.